© Texte et Photos Claude Raybaud
 

En 2005, l’UIAA a répertorié 82 sommets des Alpes dépassent les 4000 m en s’appuyant sur des critères précis. Parmi eux, figure l’exigence d’un dénivelé minimum de 30 m entre la pointe culminante et la première remontée significative de pente. Rendons hommage à ce travail qui permet aux grimpeurs de haut niveau d’entreprendre des courses difficiles basées sur un objectif symbolique incontestable. Mais cette liste « alpinistique » ne cerne pas les « grandes montagnes » des Alpes dont l’altitude est supérieure à 4000 m. Il faut la compléter par une autre liste, géographique et morphologique, permettant à tous les passionnés ou visiteurs de mieux connaître ces montagnes qui ont façonné l’histoire des hommes sans se perdre dans les dédales des cimes secondaires souvent difficiles à mémoriser et à identifier depuis les vallées.


Le Mont Blanc vu depuis les Saisies.

Dans l’imagerie populaire mais aussi dans la langue française elle-même, une montagne doit présenter un fort dénivelé par rapport au fond de vallée et bien se détacher des autres reliefs qui l’entourent. C’est pourquoi, et en tenant compte de l’altitude et du cadre géographique alpin, je pense qu’un dénivelé minimum requis pour qualifier une montagne de 4000 m doit être de 150 m, entre le sommet et la première remontée significative (*) de pente.

* une remontée significative serait de 150 m pour un sommet d’altitude comparable, de 100 m environ pour une autre chaîne de montagne d’altitude inférieure se poursuivant sans rapport avec la montagne étudiée.

Une donnée inférieure (100 m par exemple) obligerait à prendre en compte trop de cimes secondaires que l’on n’identifie pas forcément depuis le fond des vallées. Ce serait en outre vouloir imiter la liste de l’UIAA , ce qui n’est pas du tout l’objet de cette étude puisque nous ne parlons pas de la même chose.

Un critère de 200 m, qui serait déjà amplement suffisant pour cerner la plupart des grands sommets alpins de + 4000 m, exclurait pourtant certains d’entre eux au nom prestigieux comme l’aiguille de Bionnassay ou les arêtes de Rochefort. Un critère plus important encore ne parviendrait plus à séparer certaines montagnes des chaînons qui les unit.

En respectant scrupuleusement ce critère, nous trouvons donc 40 grandes montagnesdépassant les 4000 m d’altitude dans les Alpes. Pour certaines d’entre elles il arrive que plusieurs sommets secondaires en composent la ligne faîtière. Dans ce cas, nous en parlons dans la présentation détaillée de la montagne. A côté de l’altitude du point culminant, nous avons reporté le dénivelé minimum tel que défini plus haut.

Ne retenir que les grandes montagnes sur un plan géographique, n’enlève rien au prestige et à la difficulté qu’il y a à gravir des cimes secondaires qui composent ces montagnes. Bien au contraire. L’alpiniste qui gravit la pointe Walker puis un autre jour la pointe Croz aura affronté deux courses de grande ampleur et de grande difficulté. Pour le géographe ou pour le visiteur de passage au Montenvers, ces deux cimes font partie intégrante d’une seule montagne : les Grandes Jorasses.

Nota : les termes germaniques « joch, sattel ou pass » ont été traduits par le mot français générique de « col » pour une plus ample compréhension.


Les 40 grandes montagnes des Alpes d’altitude supérieure à 4000 m (minimum de dénivelé de 150 m)

(© textes et photos Claude Raybaud)

Massif des Ecrins

Ce beau et vaste massif cristallin compte plusieurs montagnes dont l’altitude avoisine les 4000 m : la Meige 3982 m, le Pelvoux 3931 m ou l’Ailefroide 3928 m. Seule la Barre des Ecrins les dépasse.

 

Barre des Ecrins 4102 m

La Barre des Ecrins enserre sur les flancs de sa face nord le célèbre glacier Blanc que remontent des milliers d’alpinistes partis chaque été à la conquête de son sommet ou du Dôme des Ecrins (4015 m). Ce dernier n’est évidemment que l’épaule de la montagne, à peine rehaussée de 41 m par rapport au col évasé qui le sépare de la Barre. Il s’agit pourtant d’une course magnifique doublée d’un objectif symbolique puisque situé à plus de 4000 m.

 

Massif du Mont Blanc

La vallée de Chamonix présente la particularité unique dans les Alpes d’aligner un dénivelé de près de 4000 m entre sa base et son point culminant le Mont Blanc, le tout sans aucun obstacle visuel. Le versant italien du massif du mont Blanc, présente un dénivelé à peine inférieur, mais plus abrupt encore.

 

Aiguille de Bionnassay 4052 m [162 m]

Tous les alpinistes qui gravissent le Mont Blanc par la voie normale auront l’occasion de contempler l’aiguille de Bionnassay et sa face nord glaciaire le soir en faisant étape au refuge du Goûter. Cette belle montagne se raccorde au col de Bionnassay à 3890 m et trouve donc sa plus faible pente avec 162 m.


L’aiguille de Bionnassay vue du refuge du Goûter.
 

Mont Blanc 4808 m [507 m]

On ne présente plus le Mont Blanc que viennent gravir des milliers d’alpinistes du monde entier chaque année. Mais où commence son emprise ? A l’ouest, le col de Bionnassay (3890 m) le sépare de l’aiguille homonyme, au sud-est, le col de Peuterey (3934 m) le distingue de cette même aiguille, mais c’est le col de la Brenva qui, à l’est, le différencie du mont Maudit et marque ainsi son plus faible dénivelé (507 m puisque le col se trouve à 4303 m d’altitude). Le mont Brouillard et la pointe Baretti dépassent les 4000 m mais ne sont pas des sommets autonomes puisque les dénivelés qui les séparent de l’arrête rocheuse n’excèdent guère 50 m. Ils constituent plutôt les points hauts de l’un des socles de la montagne qui ne prend de l’ampleur qu’au delà du col Rey. De même, le dôme du Goûter reste un simple bombement à peine rehaussé de 56 m par rapport au col du Dôme.

Pour les cartes IGN, le sommet du Mont Blanc est intégralement français tandis que l’Italie le revendique à part égale avec la France. Pour couper court à ce conflit ridicule, les cartes transfrontière au 25000 ème ont évité de représenter la frontière sur l’espace litigieux. Il semblerait incompréhensible en effet que l’Italie qui partage avec la France une grande partie des Alpes et qui en possède la majeure partie du versant Adriatique, n’en ait pas la souveraineté mitoyenne du point culminant.

 

Aiguille Blanche de Peuterey 4112 m [178 m]

Cette belle montagne rocheuse à trois cimes pâtit un peu de son énorme voisin le Mont Blanc. Elle n’est à cause de cela guère connue du grand public. De surcroît, lorsque l’on sort du tunnel routier coté italien, c’est plutôt l’aiguille Noire de Peuterey (3772 m) qui attire le regard en se retournant vers le glacier de la Brenva car elle s’élance très nettement à l’écart de l’arrête sud-est du Mont Blanc. L’aiguille Blanche, vue de ce point, semble au contraire s’y confondre. Mais pour autant, le dénivelé qui la sépare du Mont Blanc n’est jamais inférieur à 178 m au col de Peuterey qui se trouve à 3934 m.

 

Mont Maudit 4465 m [162 m]

Pas grand chose à dire de ce sommet qui accède de justesse à la classification à cause de la faiblesse du dénivelé qui le sépare du col de la Brenva (4303 m) avec 163 m seulement. Mais son architecture élégante et sa formidable muraille rocheuse en faces est et sud-est en font une montagne de grande classe trop souvent ignorée parce qu’elle n’est qu’une étape sur l’une des voies normales d’accès au Mont Blanc.

 

 

Mont Blanc du Tacul 4248 m [213 m]

Le mont Blanc du Tacul est l’une des premières montagnes de grande ampleur que l’on voit lorsqu’on se rend à Chamonix par la route juste avant de parvenir au village des Houches. Sa proximité avec la vallée et l’importance du dénivelé impressionnent alors, davantage encore que le Mont Blanc qui se trouve plus en retrait. Cette montagne pourrait être considérée comme l’avant poste du Mont Blanc dont il défend l’accès. Les rimayes de la base de son versant nord, glaciaire et neigeux, constituent d’ailleurs une des difficultés de la voie normale bis d’accès au Mont Blanc. L’arrête sud-est de la montagne est formée d’une succession de fines aiguilles dépassant les 4000 m (aiguilles du Diable) qui constituent des objectifs à part entière pour les alpinistes chevronnés. Le plus faible dénivelé du mont Blanc du Tacul se fixe au col Maudit (4035 m) pour 213 m.


Le mont Blanc du Tacul et le glacier des Bossons dominent directement la vallée de Chamonix

 

Arêtes de Rochefort 4015 m [190 m]

En le voyant du nord ou du sud, l’ensemble de ce chaînon indépendant des Grandes Jorasses se présente plutôt comme une crête ponctuée de pointes supérieures à 4000 m : à l’ouest, la célèbre dent du Géant (4013 m) ; au centre, l’aiguille de Rochefort (4001 m) puis à l’ Est, le dôme de Rochefort (4015 m). La traversée de cet ensemble assez disparate sur le plan géographique et morphologique, compte pourtant parmi les belles courses du massif du Mont Blanc. Les arêtes de Rochefort prennent leur plus faible dénivelé au col qui les sépare des Grandes Jorasses (3825 m) avec 190 m.

 

Grandes Jorasses 4208 m [383 m]

Autrement plus esthétiques sont les grandes Jorasses qui constituent une véritable entité, même si plusieurs cimes secondaires en ponctuent la ligne faîtière. C’est une grande muraille qui se dresse au dessus du glacier de Leschaux et qu’aperçoivent les milliers de touristes venus découvrir la Mer de Glace lorsqu’ils arrivent au Montenvers. Car, à la différence du Mont Blanc ou de l’aiguille Verte, les Grandes Jorasses sont invisibles depuis Chamonix. Le même col qui les sépare des arrêtes de Rochefort leur assure un dénivelé minimum de 383 m, ce qui est tout à fait honorable pour une montagne de cette ampleur.

A droite de l’image : les Grandes Jorasses et l’arête de Rochefort vues de l’aiguille du Midi.

Les Droites 4000 m [204 m]

Atteignant de justesse la barre fatidique des 4000, les Droites constituent la seconde grande montagne après l’Aiguille Verte s’alignant sur la crête séparant la Mer de Glace du glacier d’Argentière. Plusieurs petites cimes d’altitudes équivalentes la composent. Le col de l’Aiguille Verte (3796 m) la sépare de cette aiguille avec 204 m de dénivelé minimum (le col des Droites à l’ouest étant plus bas (3733 m)).

 

Aiguille Verte 4121 m [326 m]

L’aiguille Verte se profile en arrière plan de l’aiguille du Dru pour former l’un des points de vue les plus symboliques de la vallée de Chamonix. Pour autant, il ne s’agit pas d’une montagne bien homogène mais plutôt d’une composition de nombreuses aiguilles rocheuses dont la Verte - plus neigeuse que les autres- forme le point culminant. La montagne prend forme entre le col des Drus et le col de l’aiguille Verte (3796 m) qui marque là le terme de son plus faible dénivelé (326 m). De cet ensemble, les alpinistes détachent les Grandes Rocheuses 4102 m) et l’aiguille du Jardin (4035 m), mais la faiblesses des dénivelés et distances qui séparent ces deux cimes de la Verte les rattachent géographiquement à la montagne principale.

 

Le massif du Grand Paradis

Le Grand Paradis 4061 m

Le Grand Paradis est le point culminant du massif homonyme qui occupe la rive droite du Val d’Aoste, en décrochement par rapport à la ligne de partage des eaux franco-italienne. Il n’ y a pas d’autres sommets d’altitude équivalente dans le secteur.

 

Alpes Penines : la vallée de Zermatt (et Saas)

Les Alpes Penines forment la rive gauche de la haute vallée du Rhône entre le col du Simplon à l’Est et le massif du Mont Blanc à l’ouest. Au centre de cet ensemble géographique, on trouve la vallée de la Vispa. Zermatt est la station réputée qui occupe la partie haute de cette vallée, particulièrement privilégiée. Nulle part dans les Alpes on ne trouve en effet une telle concentration de montagnes supérieures à 4000 m dans une même vallée (18 au total) ! Etant entendu que la vallée voisine de Saas partage avec celle de Zermatt tous les sommets de la chaîne des Mischabel et qu’elle en compte 9 au total en incluant les deux sommets du Simplon. Au sud, la chaîne Cervin – Mont Rose se voit même depuis les hauteurs du Mercantour par beau temps.

 

Liste des montagnes situées autour de Zermatt suivant une ligne partant du nord-est, passant au sud pour revenir au nord-ouest :

 

Nadelgrat 4327 m [206 m]

Le Nadelgrat est un ensemble peu harmonieux qui aligne plusieurs sommets rocheux d’altitude équivalente à l’exception du Dirruhorn (4035 m). Ce dernier est un contrefort de l’ensemble qui prend son essor avec le Hobärghorn (4219 m), le Stecknadelhorn (4241 m), puis le Nadelhorn (4327 m) culminant pour finir au Lenzspitze (4294 m). Le col Lenx sépare cette dernière cime du Dom de Mischabel situé au sud avec 206 m de dénivelé minimum. Les cimes du Nadelgrat ne sont séparées entre elles que par de faibles dénivelés.

 

Dom des Mischabel 4545 m [264 m]

Le plus haut sommet intégralement situé en Suisse présente une face nord neigeuse d’accès relativement facile et une face sud rocheuse. La montagne descend directement sur le col Lenx (4121 m) au nord et le col du Dom au sud (4281 m) qui lui assure ainsi un dénivelé minimum de 264 m.

 

Täschhorn 4490 m [209 m]

Le Täschorn prend sa plus courte pente au col du Dom (4281 m) avec 209 m de dénivelé minimum. Au sud, le col de Mischabel (3847 m), le sépare plus fortement encore de l’Alphubel.

 

Alphubel 4206 m [361 m]
Aucun problème particulier pour ce beau sommet monolithique, neigeux sur sa face Est, rocheux sur son versant ouest qui amorce la baisse d’altitude générale des montagnes jusqu’au Mont Rose. 361 m le séparent dans sa plus courte pente du sommet voisin (le Täschorn) par le col de Mischabel (3847 m).

Allalinhorn 4027 m [255 m]
Cette montagne un peu complexe s’articule en plusieurs branches en commençant par une épaule neigeuse puis le sommet ouest (le Feechopf 3888 m) séparé de 62 m du point culminant l’Allalinhorn proprement dit à 4027 m. C’est au col de Mischabel (3847 m) au nord, que cette montagne prend son plus court dénivelé soit 255 m. Au sud, le col de l’Allalin (3564 m) la sépare du Rimpfischorn.

Rimpfischorn 4199 m [410 m]
Cette grande montagne ne possède pas de pente plus courte que celle qui l’unit avec le col d’Adler (3789 m) au sud avec 410 m tout de même ! Le col de l’Allalin (3564 m) au nord étant encore plus bas.

Strahlhorn 4190 m [401 m]
Même cas de figure pour le Strahlhorn qui obtient une pente minimale de 401 m en s’unissant à ce même col (col d’Adler situé à 3789 m), le col qui sépare la montagne au sud étant nettement plus bas à 3535 m). L’Adlerhorn (3988 m) situé à l’ouest et constituant une sorte de satellite du Strahlhorn, est compris dans l’assise générale de la montagne.

 

Mont Rose 4634 m [338 m]

Le Mont Rose forme un ensemble complexe, opposant une face Est extrêmement raide à un versant ouest plus doux et plus englacé, qui se développe sur 4 km du nord au sud entre le col Fillar et le col Seser. Ce col marque un dénivelé minimal de 326 m par rapport au point culminant situé sur la cime rocheuse de Dufour. A l’Est on pourrait faire terminer l’assise du Mont Rose au col du Signal à 3769 m. Cette délimitation globale est particulièrement bien visible depuis la vallée de Macugnaga en Italie, depuis l’arrivée du chemin de fer du Gornergrat ou bien encore depuis le plateau d’Hérens.

Du nord au sud, la première cime de plus de 4000 est le Norden (4609 m) qui n’est séparé du col intermédiaire de Silber que de 94 m. 119 m séparent ensuite ce col de la pointe Dufour (4634 m). Cette pointe se trouve entièrement en territoire Suisse sans que les bizarreries politiques y soient pour quelque chose puisqu’elle se trouve naturellement 130 m en retrait de la ligne de partage des eaux.

 


Le Mont Rose vu d’Italie depuis la vallée de Macugnaga


Toutefois, l’écart est si faible que l’on peut dire que le Mont Rose est globalement frontalier entre la Suisse et l’Italie. La pointe Dufour plonge ensuite vers le sud au col Grenx à 4453 m suivi de la cime Zumstein (4563 m), laquelle domine le col de Gnifetti à 4452 m. Une remontée de 102 m nous conduit au dernier sommet du Mont Rose : la pointe Gnifetti sur laquelle est construit le refuge Margherita. Enfin, la pente plonge fortement vers le sud, directement de 260 m jusqu’au col de Seser.

Les sommets secondaires qui s’alignent au sud du Mont Rose (pointe Parrot, Ludwigshöhe, Corno Nero et Pyramide Vincent), s’il dépassant tous les 4000 m d’altitude, ne peuvent pas y être raccordés à cause de leur situation géographique décalée et de leur altitude nettement plus faible. Le trop faible dénivelé (136 m maximum entre la pointe Parrot et le col Seser) par rapport à la base du Mont Rose ne leur permettent pas non plus de figurer en tant que montagne à part entière. Il s’agit plutôt de point hauts d’une crête accidentée issue du Mont Rose et descendant peu à peu vers les vallées italiennes de Gressonney et de Sesia.

Liskamm 4527 m [328 m]
Voilà une grande montagne dont la plus faible pente atteint 328 m en se raccordant au col du Lis à 4151 m. Son développement dépasse 3 km à vol d’oiseau et sa ligne de crête culmine au centre sous la forme d’une grande ondulation. Il fait face au Mont Rose et encadre avec le Breithorn les sommets de Castor et Pollux qui ont l’air bien petits au milieu!

Castor 4226 m [160 m]
Bien que plus haut et plus volumineux que son voisin Pollux, Castor ne réussit son entrée dans les grands 4000 que de 10 m. Le col de Felik (4063 m) suffit cependant à lui assurer une pente minimale de 160 m pour le séparer du Liskamm.

Pollux 4091 m [247 m]
Aucun problème d’identification pour ce beau sommet monolithique bien séparé du Breithorn par le col de Schwarx (3731 m) et de Castor par le col de Verra (3845 m), finissant là sa plus courte pente (247 m de dénivelé).

Breithorn 4165 m [348 m]
Le Breithorn est une puissante montagne, qui se développe en longueur sur près de 3 km, en alignant plusieurs cimes secondaires, mais nettement moins marquées toutefois que celles du Mont Rose. C’est au col du Breithorn (3824 m) au sud-ouest que l’on mesure son plus faible dénivelé soit 348 m. C’est plus qu’honorable pour une montagne de cette amplitude qui culmine à sa cime la plus occidentale.

Matterhorn (Cervin) 4477 m [897 m ou 998 m]
Quelque soit le nom qu’on lui donne (germanique ou francophone) le Cervin aligne de toutes parts ses raides parois rocheuses plongeant pratiquement sans obstacle vers les vallées avoisinantes. Il faut parvenir au col del Leone à 3580 m pour enfin voir une remontée de pente de 135 m vers la testa del Leone (3715 m). Si l’on considère ce sommet comme un contrefort du Cervin, on obtient presque 1000 m de pente minimale en rejoignant le col Tournanche à 3479 m! Par contre, si l’on s’en tient au premier col, plus restrictif, on obtient quand même un dénivelé minimum de 897 m ! Ce qui reste le record pour les Alpes.

Dent d’Hérens 4171 m [380 m]
Le Dent d’Hérens est séparée du Cervin à l’Est par le col Tournanche à 3479 m. A l’ouest, il se distingue de la tête de Valpelline par le col de Tiefmatten à 3585 m. Au sud on peut fixer la limite de l’assise de la montagne 300 m au nord de la pointe Margherita à 3792 m. Ce qui met le plus court dénivelé à 380 m, ce qui est très honorable, même à côté du Cervin!

Dent Blanche 4356 m [826 m]
Imitation du Cervin dans ses formes - moins effilée cependant - une pyramide rocheuse à quatre faces (plus une cinquième incrustée à l’Est), peut être moins complexe mais presque aussi massive dans son assise, la Dent Blanche possède des pentes directes importantes. La plus courte mesure 826 m, descendant directement au col de la Dent Blanche (3531 m) et la séparant des pentes du Grand Cornier au nord. Mais sans doute, grâce à ses pentes plus englacées que celles du Cervin, la Dent Blanche présente-t-elle des caractéristiques plus alpines.

Ober Gabelhorn 4063 m [466 m]
Toutes proportions gardées, l’Obergabelhorn vu du nord-ouest évoque un peu la silhouette de l’Ama Dablam tel qu’on le voit en remontant la vallée népalaise qui conduit à l’Everest. La Wellenkuppe (3903 m) n’étant en réalité qu’une épaule légèrement rehaussée sur la gauche de la montagne, à l’image de celle qui conforte l’Ama Dablam. L’Obergabelhorn développe ainsi une pente minimale de 466 m en se raccordant par le sud au col de l’Obergabel (3597m). Vu du nord, l’Obergabelhorn prend la forme d’une belle pyramide neigeuse.

Zinalrothorn 4221 m [444 m]
Cette grande montagne écartelée en plusieurs branches prend son plus court dénivelé au col de Moming (3777 m) qui le relie au nord avec le massif du Schalinhorn.

Weisshorn 4505 m [756 m]
Le Weisshorn aligne des pentes d’un dénivelé largement supérieur aux autres sommets. Sa plus courte pente absorbe un dénivelé de 756 m en se raccordant au col de Schali (3750 m) qui le relie au sud au Schalinhorn. Cette mesure inclut bien-sûr le Bishorn (4153 m) dans la structure générale du Weisshorn car ce gros contrefort, souvent considéré comme autonome, reste relié au Weisshorn par le col homonyme (4058 m) avec un dénivelé de 95 m à peine.

 

Alpes Penines : autres vallées

 

Val d’Entremont

Le Grand Combin 4314 m [703 m]
Situé à mi-chemin entre le massif du Mont Blanc et la vallée de Zermatt, le Grand Combin est une grosse montagne isolée qui dépasse largement les 4000 m alors qu’aucune autre à 24 km à la ronde ne les atteint. Ses pentes minimales alignent en effet un dénivelé de 703 m en arrivant au col du Meitin, si l’on exclut le Combin de Meitin qui n’est qu’un décrochement annexe. En l’incluant, on aurait des pentes encore plus importantes. Le Grand Combin se compose de trois cimes secondaires décalées : le Combin de Valsorey, de Grafeneire (culminant) et de Tsessette, plus un contrefort rocheux au sud-est : la tour de Boussine.

Entre la vallée de Saas et le Simplon

Lagginhorn 4010 m [316 m]
A cheval entre la vallée de Saas et celle du Simplon, le Lagginhorn est une montagne constituée de deux cimes, dont seule la plus septentrionale dépasse les 4000 m. Lorsqu’on passe au col du Simplon en venant de la vallée du Rhône, c’est le Fletschhorn que l’on voit en toile de fond, à peine moins élevé, mais qui masque à la vue le Lagginhorn. Ce dernier, prend son plus faible dénivelé au col de Fletsch (3694 m) avec 316 m. Au sud, il termine son assise au col de Laggin à 3489 m qui le sépare ainsi des pentes nord du Weissmies.

Weissmies 4023 m [518 m]
Le Weissmies se raccorde aux pentes du Lagginhorn par le col de Laggin à 3499 m lui assurant ainsi un dénivelé minimum de 518 m ce qui est tout à fait conséquent.

 

Alpes Bernoises 

 

Les Alpes Bernoises occupent la rive droite de la haute vallée du Rhône, depuis sa source jusqu’au lac Leman. Dans la partie orientale de cet ensemble, cinq sommets de plus de 4000 m encadrent le glacier d’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes qui se développe sur près de 23 km. La concentration de ces hautes montagnes autour de son bassin d’alimentation conjuguées à des pentes faibles expliquent en partie son extension, bien qu’il soit exposé au sud. Le glacier voisin de l’Aar arrivant sur Grimsel, possède des caractéristiques comparables. Ce qui fait que la plupart des grands 4000 des Alpes Bernoises ne peuvent être vus facilement que depuis leur côté nord (Grindelwald, Mürren ou Wengen).


Le glacier d’Aletsch, le plus grand des Alpes. Dans le fond à droite le Mönch.

 

Autour du glacier d’Aletsch

L’Aletschhorn 4195 m [500 m]
C’est pratiquement le seul 4000 du secteur que l’on peut facilement voir de près, en arrivant au sommet du téléphérique de Fiesch. Il ne possède pas de lignes particulières et reste difficile à cerner dans ses contours. A l’Est, le col d’Aletsch (3614 m) le sépare nettement du Dreieckhorn (3810 m). A l’ouest, on peut à la rigueur descendre jusqu’au col de Lötschen (3173 m) ou plus modestement au point 3697. Mais au sud, l’Aletschhorn descend peu à peu vers le glacier, ne présentant une rupture de pente véritable qu’à 3700 m aux alentours du col de Mittlealetsch. On obtient alors un dénivelé minimum de 500 m.


L’Aletschhorn
 

La Jungfrau 4158 m [ 449 m]
La Jungfrau fait partie du célèbre triptyque (Jungfrau, Mönch, Eiger) qui forme l’un des paysages les plus célèbres des Alpes avec la Mer de Glace vue du Montenvers ou le Cervin vu de Zermatt. La Jungfrau est une montagnes aux formes complexes qui englobe un gros contrefort au sud : le Rottalhorn (3975 m) qui n’est séparé du col de Rottal que par 90 m. On peut ainsi cerner la base sud de la Jungfrau au col côté 3709 au pied d’une rupture de pente importante du Rottalhorn, donnant ainsi un dénivelé minimum de 449 m.

Le Mönch 4099 m [360 m]
Nettement plus facile à cerner que sa voisine, le Mönch se caractérise par des pentes directes de toutes parts. Le col de Südl.Eiger (3747 m) au nord le sépare du point 3770, le col de l’ObersMönch (3627 m) à l’Est le sépare des pentes du Trugberg, tandis que le col situé à l’Est du Sphinx (3490 m) marque la base de sa pente ouest. Le plus faible dénivelé du Mönch se trouve donc au col de Südl.Eiger avec 360 m.

Le Fiescherhorn 4048 m [309m]
Le Fiescherhorn est une grosse montagne de forme grossièrement tabulaire, rehaussée à ses extrémités par trois cimes d‘altitude comparable : le Gross Fiescherhorn au nord (4049 m), l’Hinter Fiescherhorn au sud (4025 m) et l’Ochsklein Fiescherhorn (3895 m) au nord-ouest. 700 m en distance et 102 m en dénivelé séparent les deux sommets de + de 4000. On ne peut donc en faire deux montagnes autonomes. Au sud, le col de Klein Grünhorn (3739 m) sépare le Fiescherhorn du sommet homonyme, le col d’Ochse (3054 m) marque sa base septentrionale et le col côté 3610 à l’ouest sa base occidentale. La pente minimal prend donc corps au col de Klein Grünhorn avec 309 m de dénivelé.

Le Grünhorn 4043 m [304 m]
Le Grünhorn est une montagne flanquée de deux sommets secondaires se détachant peu de l’arrête : le Klein Grünhorn au nord (3913 m) et le Grüneggorn (3860 m) au sud. Par convention le point culminant est nommé Gross Grünhorn. La montagne prend sans difficulté sa plus courte pente au col de Kleingrünhorn (3739 m) qui la sépare au nord du Fiescherhorn, lui donnant ainsi 304 m de dénivelé minimum.

Grindelwald

Le Finsteraarhorn 4273 m [524 m]
Vu de Grindelwald, le Finsterhaarhorn prend l’allure d’une pointe acérée. C’est une grande et belle montagne aux pentes fortes dont la plus courte atteint 524 m en se raccordant au col d’Agassix (3749 m) qui le relie au nord à l’Agassizhorn. Ce sommet qui culmine à 3946 m, domine de près de 200 m le col homonyme et lui assure donc une indépendance incontestable par rapport au Finsterhaarhorn.

Le Schreckhorn 4078 m [352 m]
Le Schreckhorn est une grande montagne d’accès difficile qui s’articule autour de trois cimes d‘altitude équivalente que sont le Schreckhorn proprement dit (4078 m), le point central côté 4011 et le Lauteraarhorn (4042 m) situé 1 km au sud-est. Si le Schreckhorn pourrait constituer une montagne en elle-même -164 m la séparent du col de Schreck (3914 m) -, le Lauteraarhorn ne se rattache à ce col que par 128 m de dénivelé, ce qui est certes important mais insuffisant pour constituer une entité propre. En les observant depuis les hauteurs de Grindelwald ou du glacier de l’Aar inférieur  on s’aperçoit d’ailleurs que le Schreckhorn et le Lauteraarhorn se confondent plus ou moins en se masquant mutuellement tout en prenant la forme d’une pyramide effilée (Grindelwald) ou coupée (glacier de l’Aar). Seuls les rares alpinistes montant au Finsteraarhorn (sud-ouest) ou au Bärglistock (nord-est) pourront voir les deux parties de la montagne. Par contre, il est un peu difficile d’en cerner les contours car de toute part, les pentes descendent par paliers successifs sans jamais rencontrer de grands sommets. A moins de descendre ainsi jusqu’à Grindelwald (!), il faut donc se baser sur les plus fortes ruptures de pente : en prenant comme base la plus restrictive le col Nässi (3726 m), on obtient quand même un dénivelé minimal de 352 m pour le Schreckhorn dans son ensemble.

 

Engadine (Suisse orientale)

 

Le Piz Bernina 4049 m
Le Piz Bernina est le point culminant de l’Engadine. L’Inn y prend sa source, traverse ensuite l’Autriche, avant de se jeter dans le Danube à Passau. A moins de 140 km, aucune autre montagne d’altitude équivalente ne vient concurrencer ce beau sommet drapé sur ses flancs nord-ouest par le glacier de Tschierva. Ce dernier mérite une annotation pour les splendides moraines latérales qu’il a abandonnées durant le XX ème siècle.

Bibliographie : les trois ouvrages géographiques majeurs de référence sur les Alpes : Helmut Dumler et Willi P. Burckhardt « Les 4000 des Alpes » Arthaud
Robert C. Bachmann « Glaciers des Alpes » Bibliothèque des Arts Paris
Gaston Rebuffat « Le Massif du Mont Blanc » Denoël

Sources cartographique :
Carte suisse 1/50000 : Matterhorn Mischabel.
Cartes suisses 1/ 25000 : Finsteraarhorn; Zermatt Gornergrat; Simplon; Grindelwald
Carte IGN 25000 Chamonix